Le suicide

suicide

En France, on dénombre 12 000 décès par an pour 160 000 tentatives, notre pays se place à la quatrième place après la Finlande, le Danemark et l’Autriche. C’est un bien triste record que détient notre pays mais le plus affligeant est que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans. Ces chiffres ressortent du constat fait lors de la 5ème journée nationale pour la prévention du suicide. Plus précisément, l’INSERM dénombre que 800 à 1 000 jeunes se donnent la mort et que 40 000 à 60 000 sont hospitalisés pour tentatives.

Les faits déclencheurs

On a longtemps pensé que seuls les adolescents dépressifs se suicidaient, or de nombreuses recherches scientifiques ont démontré qu’il n’en est rien. Le suicide est un phénomène très complexe, néanmoins il découle toujours d’une raison objective et identifiable : difficulté scolaire, perte d’emploi, toxicomanie, alcoolisme, maladie grave, mal être, difficulté dans les relations avec les parents, rupture amoureuse, viol, inceste, divorce des parents etc… La liste est longue et non exhaustive.

Alors pourquoi, les adolescents sont-ils plus vulnérables ?

L’adolescence est une période charnière très importante dans la vie d’un individu. On observe deux sortes de mutations : une mutation physique et une mutation psychique.

La mutation physique : à un âge différent selon les individus se produit un changement corporel qui amorce le passage de l’état d’enfant à celui d’adulte. La poussée hormonale provoque chez les garçons le développement des parties génitales, l’apparition de la pilosité et la mue de la voix, le développement de la poitrine et l’apparition des règles chez les filles.

Ces signes peuvent être déroutants pour les enfants car ils marquent la fin d’une période. L’un des premiers malaises que l’on peut voir apparaître est le refus de grandir, de devenir adulte dans un monde où le rêve, la joie et l’insouciance n’existent plus. Dans les familles qui éprouvent des difficultés financières, dans celles où les parents travaillent tout le temps et bien sûr dans les familles où les parents sont méchants, les enfants n’ont aucune envie de ressembler à ces modèles. La poussée hormonale peut, elle aussi, apporter son lot de questions angoissantes. Lorsque chez les garçons, la voix mue, que chez les filles les règles tardent, les seins refusant de grossier ou grossissent trop, ou lorsque apparaît un problème de poids.

La mutation psychique : moins visible elle est moins facile à identifier. Le passage de l’enfance à l’adolescence engendre des préoccupations nouvelles. Les poussées d’hormones traduisent des comportements sexuels nouveaux, des désirs déroutants qu’un accompagnement doit permettre d’interpréter. Les adolescents ont une sensibilité extrêmement développée. Chaque sentiment est décuplé, l’amour est vécu comme une passion, l’injustice, l’indifférence comme une souffrance, le refus de leur propre choix comme une trahison. Le manque de dialogue laisse les adolescents dans l’incertitude, dans l’angoisse. Pire encore, lorsque les adultes se moquent d’eux, de leurs amours, de leurs peurs. Ils se sentent grotesques ou humiliés. Les conséquences que peuvent avoir de simples phrases telles que ” tu ne feras jamais rien de bon dans la vie ” ; ” que tu peux être gros ” ; ” tu es vraiment stupide ” ou encore ” ne touches pas à ton zizi, c’est dégouttant ” sont considérables. Pour certains enfants, elles raisonnent dans leur mémoire et vont devenir un leitmotiv qui guidera leur vie.

En dehors des aspects liés aux adolescents eux-mêmes, l’environnement familial est un facteur important. Certaines agressions vécues par les enfants victimes d’inceste ou de maltraitance sont indéniablement les situations les plus graves mais aussi les plus facilement identifiables. Ces enfants, lorsqu’ils intentent à leur vie, ne laissent planer aucun doute quant aux raisons qui les ont poussés à le faire. Ce qui est plus ardu, c’est lorsque rien de laisse croire que des difficultés existent au sein de la cellule familiale.

On peut dégager quelques comportements familiaux types :

La famille rigide

L’éducation des enfants est basée sur la rigueur et l’enseignement de valeurs traditionnelles. Ces valeurs reposent sur une morale chrétienne animée de nombreux tabous. Le sexe, l’amour, le corps, sont des sujets très peu souvent abordés, les enfants grandissent avec la peur de leur corps. Le propre sexe est un organe inconnu complètement dissocié du reste de leur corps. Les petites filles sont élevées dans la peur du pénis des garçons, membre sale et repoussant. Certaines d’entre elles, vivent l’arrivée des règles avec la plus grande des surprises. Ce sang qui s’écoule de leur corps est un phénomène qui n’a jamais été abordé et qui doit rester exclusivement une affaire de femme, cachée. Quant aux garçons, les premiers émois traduits par des érections ne leur sont pas expliqués, parfois même, ils sont grondés. Le manque de connaissance sur leur corps, en font des adolescents inquiets, refoulés. Une jeune fille qui vivra son premier rapport sexuel risque de penser, si cela ne se passe pas très bien, qu’elle aura toujours mal et qu’elle n’en éprouvera aucun plaisir. Un garçon lui ne saura peut-être jamais que le plaisir de sa partenaire, n’est pas forcément lié à son propre orgasme. Dans ce genre de famille, l’ascension sociale est une des priorités. Les enfants sont souvent prédestinés à des carrières choisies par la famille, par la tradition. Les désirs des enfants sont souvent ignorés, un enfant qui rêve d’être musicien ou acteur deviendra militaire ou chef de l’entreprise de papa parce que c’est comme cela et pas autrement.

La famille indifférente

C’est la famille où les enfants s’élèvent plus ou moins seuls. Elle résulte moins d’un milieu social que d’une réelle indifférence des parents. Les parents, trop occupés par leur travail ou par leurs propres préoccupations personnelles, ne soutiennent pas leurs enfants dans leur évolution. Ils grandissent tant bien que mal, élevés par la télévision ou les frères et sœurs. Ce n’est pas d’un manque d’information dont il souffre mais d’une mauvaise interprétation de celle-ci. On y retrouve les échecs scolaires, l’obésité, la violence. Ces différents problèmes ne sont pas identifiés par les familles elles-mêmes, car souvent ils découlent de l’attitude même des parents. Une famille dont les parents sont déjà obèses vont réagir de deux manières différentes. Soit ceux-ci conscients de leurs propres difficultés accompagnent leurs enfants pour leur éviter leur propre souffrance, soit ils le vivent tant bien que mal et n’abordent jamais avec eux ce problème. Ainsi une jeune fille trop grosse à l’adolescence risque fort de ne pas trouver de soutien moral. L’échec scolaire, la violence, l’alcoolisme peuvent s’aborder de la même façon.

La famille trop cool

On pourrait croire que dans ce genre de famille, le dialogue est privilégié et l’écoute des enfants est essentielle. Or les familles trop laxistes ne donnent pas forcément les enfants les plus à l’aise. Paradoxalement, les choses sont parfois prises avec une approche philosophique basée sur une relativité constante des choses. L’anxiété des enfants n’est pas toujours perçue comme un mal, les problèmes qu’ils rencontrent sont souvent pris comme un passage obligé que les adolescents doivent surmonter forcément avec le temps. Le deuxième malaise qui peut résulter de ce genre de comportement est l’absence ou le trop peu d’interdit. Les enfants ne connaissent pas de limite dans leurs actes. C’est au contact de contraintes sociales qu’ils risquent d’être désemparés ou d’être confrontés à des situations d’injustice qu’ils n’arriveront pas forcément à assimiler.

La famille étouffante

Dans cette famille, ce n’est pas l’attention ou l’amour qui posent problème. Ce serait plutôt le trop plein d’attention. Les enfants atteignant l’adolescence ne sont pas considérés comme des personnes mais restent longtemps des enfants aux yeux de leurs parents. Ils sont ainsi toujours maternés, assistés voire carrément étouffés. Pour les parents, les enfants sont un tout méritant une attention de tous les instants. L’individualisation de chaque adolescent ne se fait pas toujours très bien et ils sont assez désemparés face à certains événements. Ils ont besoins de leurs parents pour chaque détail de leur vie et lorsque les circonstances viennent à les séparer prématurément de ceux-ci, ils le vivent de façon dramatique.

Le critère familial est un type d’approche comportemental, mais gardons-nous bien d’une part de généraliser, car toutes ces familles ne donnent pas des adolescents inquiets et tourmentés, sensibles et fragiles et d’autres parts les explications liées aux adolescents suicidaires ne seraient s’en tenir à un comportement familial. Mais attention comportement familial ne veut pas dire faute des parents. Les parents ne sont pas responsables d’un acte suicidaire, une éducation sévère ou trop cool n’entraîne pas tous les enfants sur le trajet du désespoir. C’est la capacité à comprendre, à dialoguer et à soutenir leurs enfants qui va permettre aux parents de jouer un rôle de repère afin de les d’aider.

Peut-on croire, alors, que le suicide peut être héréditaire ?

Heureusement que non. Il n’y a ni famille à risque, ni gène héréditaire, ni prédisposition physique. La tendance suicidaire n’a rien à voir avec une maladie génétique. C’est un véritable phénomène neuro-psychique qui résulte d’une difficulté à entrer dans la réalité. L’adolescent ressent une grande peine à s’intégrer dans le monde des adultes et s’y adapter. Il conserve les idéaux de l’enfance que la réalité détruit parfois.

Le suicide obéit à une logique, l’adolescent qui éprouve de la souffrance va adopter une position psychique que l’on peut découper en cinq phases. Cette analyse de comportements différents a été mise au point par MM Alain Meunier et Gérard Texier dans leur livre “le grand blues” selon une trajectoire suicidaire appelée “Mat syndrome“, du mot arable mata qui signifie ” être mort “.

Le mat syndrome réunit les différents symptômes ressentis par l’adolescent en fonction de ce qu’il vit.

Phase de l’imaginaire-roi

Le vécu

  • demande de réassurance;
  • constitution d’un monde imaginaire centré sur la mort.

Le ressenti : anxiété.

Phase de lutte

Le vécu

  • douleur, arrachement;
  • peur de son devenir intérieur, prise de conscience de la réalité de la mort.

Le ressenti : sentiment de destruction, angoisse.

Phase de renoncement

Le vécu

  • désespoir;
  • oscillations entre léthargie et sursauts désespérés dans sa propre quête immobile de sa propre disparition, dans la mort de la souffrance.

Le ressenti : abandon, démission, enfermement.

Phase de ressentiment

Le vécu

  • agressivité, vérification;
  • pensée absolue-totalitaire, raisonnante qui cherche à éliminer les paradoxes – par des énoncés définitifs;
  • il use des artifices de la dialectique pour convaincre.

Le ressenti : injustice, haine.

Phase de l’œil du cyclone

Le vécu

  • cynisme, froideur;
  • il se sent tellement bien dans la douce mort.

Le ressenti : détachement, déconnexion.

Ces phases ont un début et une fin et l’adolescent va avoir un comportement différent dans chacune d’elle. Le début, souvent heureux, lui laisse entrevoir une issue à la souffrance, mais, en cours de route, il y a une mise en échec, la solution est donc de passer à la phase suivante. Avant la cinquième phase, l’adolescent n’est pas encore posé dans sa décision de mettre fin à ses jours.

De plus, plus il avance dans la trajectoire, plus il s’isole et se ferme aux autres. La révolte contre les parents n’est pas très significative. En revanche, le désintérêt total de tout, l’absence de tout affect, de tout sentiment est inquiétant. Quand tout ce qui semblait le passionner n’est plus : attention danger. Cette analyse permet également de dire que l’adolescent ne se suicide pas sur un coup de tête. Dans 90 % des cas, on trouve un ” accident initial ” et une trajectoire.

L’acte n’est que l’aboutissement d’un cheminement souterrain et douloureux. Les véritables suicides impulsifs sont liés à des maladies psychiatriques connues ou à un trouble psychique aigu. En tant que parents, il peut être difficile de déceler cette trajectoire. En simplifiant, on peut dire qu’un adolescent d’ordinaire gai, démonstratif, confiant qui devient renfrogné, lointain voire agressif, a probablement un problème.

D’autres signes avant-coureurs peuvent mettre sur la voie, comme une consommation excessive d’alcool ou de médicaments, une hyperactivité ou un manque d’énergie peuvent traduire une éventuelle difficulté. Il est donc essentiel pour les parents de rester vigilants sur les changements d’habitude des enfants, sans devenir inquisiteurs.

Autres signes significatifs que les parents doivent savoir analyser sont la diminution de la fréquence scolaire, les troubles du comportement alimentaire tels que l’anorexie ou la boulimie ou encore les insomnies à répétition.

La crise d’adolescence

Par nature, les adolescents sont contestataires, ils revendiquent leurs droits et protestent contre l’autorité quelle que soit sa forme. Pendant cette période, ils vont être confrontés à toutes les tentations que leur offre le monde des adultes. Ils aspirent à devenir des adultes différents de leurs parents. La transgression des interdits et des règles est un passage obligé, il faut les laisser vivre leur révolte. Pour certains adolescents cette crise va se traduire par un comportement casse-cou, ce sont les ” trompe la morte ” ; ils risquent leur vie dans des sports dangereux. L’ivresse de vitesse est un critère significatif pourtant il est rare que l’on assimile l’accident de moto ou de voiture à une tentative de suicide. A l’inverse, un enfant trop sage peut lui aussi couver la présence d’un malaise. Celui qui n’a jamais posé de problème, n’a jamais fumé, n’a jamais bu d’alcool ou ne s’est jamais rebellé, peut renfermer un profond désarroi. Ils sont souvent immatures, sans passion, sans ami et ne trouvent à leur vie aucun but. Pour ceux là, la vigilance est primordiale car rien à priori ne laisse apparaître la crise d’adolescence. Le malaise est insidieux et les parents souvent tombent littéralement des nus lors de la première tentative de suicide de leur enfant.

Les moyens préventifs

  Évoquer la mort

L’idée de la mort traverse un jour tous les adolescents. Elle possède un attrait magique. Les ” trompe la mort ” cherchent sans cesse à la défier et à se prouver leur invincibilité. Les parents souvent préfèrent ne pas penser et encore moins évoquer la mort avec leurs enfants par crainte de les inciter à un geste suicidaire. Mais seul le silence tue. Personne ne veut entendre la souffrance du suicidaire car derrière il y a l’image de la mort. Alors que seule l’écoute de la souffrance peut prévenir le passage à l’acte. Pour entrer dans sa vie d’adulte, l’adolescent doit pouvoir appréhender la finitude de la vie, la mort ainsi envisagée n’a rien à voir avec celle de la trajectoire suicidaire. Aborder ce thème avec eux apprivoise notre propre peur, facilite le dialogue et par conséquent libère de l’idée obsessionnelle de la mort. De nombreux pays aujourd’hui, ont prit conscience de la nécessité d’une prévention active par le biais des journaux, des spots télé, de l’éducation et les effets se traduisent dans les statistiques. On note une réduction de la moitié des suicides dans ces pays par rapport à la France.

Il est important dans les moments de doute, d’apporter des réponses et de leur rendre le libre arbitre que les angoisses leur ont enlevé. En effet, le Mat syndrome c’est à dire l’entrée dans la trajectoire suicidaire est le stratagème par lequel un adolescent apprivoise la peur de la mort et par peur de la vie se prive du choix même de vivre.

  • s’il se donne la liberté de vivre, pourquoi ne se donne-t-il pas celle de mourir ?
  • Cette question, tout le monde ne se la pose-t-il pas ?

Les ados suicidaires n’ont plus cette liberté. Il convient pour les parents d’être attentifs à toute parole évocatrice du geste. Car souvent, lorsque l’enfant en parle, c’est un message qu’il fait passer. Il n’en est qu’à la phase de pensée mais celle-ci germe et fait son chemin dans son esprit. Il va dans sa descente aux enfers, laisser des indices. Généralement destinés à celui ou celle, vers qui, il porte le plus d’affection et de confiance. Cela peut être un parent, un ami, mais souvent une personne capable de l’aider à porter son fardeau et à gérer son problème.

La récidive

Toute tentative est susceptible de récidive. Il ne faut pas croire que la douleur éprouvée lors de l’accomplissement du geste ne dissuade l’adolescent. Elle ne guérit donc pas du cheminement vers la mort. Elle peut, paradoxalement, donner au geste une fascination nouvelle, attirante, enivrante, anesthésiante. La gravité de l’acte, n’a pourtant pas d’incidence sur la fréquence de la récidive et les moyens employés sont en général de plus en plus cruels. Il apparaît donc que seul l’écoute et l’attention peuvent prévenir et aider les parents. Le moindre mot et le moindre signe, des cachets avalés, des coupures aux poignées, le désespoir sont tels que seul, il ne s’en sortira pas.

La prise en charge

Toute tentative même sans gravité ne doit être minimisée ou banalisée. Il convient à chaque fois de se faire aider par des spécialistes. Le premier conseil est celui qu’apportera le médecin généraliste. Le médecin de famille est, en général, le premier témoin des difficultés relationnelles au sein d’une famille. Il peut recevoir au cours de ses consultations, les confidences de membres de la famille et peut-être de l’ado lui-même. Il va donc de soi que son rôle un important pour organiser l’accompagnement thérapeutique du suicidaire. Il a également une fonction informative. C’est lui qui peut expliquer à la famille que toute tentative doit être abordée avec sérieux. Il peut encore jouer un rôle de médiateur et chercher à prévenir toute tentative de récidive. Sa position d’observateur lui permet de repérer les sujets à risque, du fait d’une psychopathologie, ou d’une situation familiale ou sociale ressentie comme insupportable. La prise en charge de la crise suicidaire de l’ado et du jeune adulte nécessite une prise en charge multidisciplinaire (médecin généraliste, psychiatre, psychologue, éducateur) et parfois durant une longue durée. Après une hospitalisation, le retour à la maison, le médecin généraliste sera le lien ” ville-hôpital ” permettant une convalescence entourée.

L’hospitalisation

Les spécialistes se rassemblent pour affirmer que l’hospitalisation doit avoir lieu dès le passage à l’acte. C’est à chaud que l’adolescent est le plus à même de reconnaître que son geste est l’expression d’une souffrance. Car après quelques jours, la brèche que représente la crise suicidaire se referme et risque fort de devenir de moins en moins exploitable. Ainsi, une fois l’assistance médicalisée a-t-elle été réalisée, l’entrée dans un service de prise en charge des suicidaires se fait par étape. La première consiste en l’entretien avec un psychiatre chargé de déceler les sujets présentants une vraie pathologie psychiatrique afin de les orienter dans ce cas là vers un service spécialisé. Les autres vont subir une sorte de check-up, les parents quant à eux, vont être reçus par un pédiatre, ensemble ou séparément si ceux-ci ne s’entendent pas. Il est essentiel pour une prise en charge efficace, qu’un vrai rapport de confiance s’établisse entre les médecins et les parents. Ils vont se sentir jugés, culpabilisés, ils vont chercher à éviter le contact avec les médecins. Il convient donc d’effectuer auprès d’eux un travail de déculpabilisation. Les parents sont avertis. Le geste va prendre du sens et ne doit pas être effacé comme un cauchemar. Ce geste n’a rien résolu.

Souvent d’ailleurs, le jeune ne comprend pas lui-même son geste. C’est pourquoi, dans les mois qui suivent la tentative, il faut continuer une psychothérapie spécialisée dans l’accueil des ados. Celle-ci n’exonère pas l’entourage familial, social, amical de leur rôle de soutien. Certaines équipes spécialisées proposent des thérapies familiales. Au cours de ces séances un couple de thérapeutes reçoit toute la famille en même temps. Enfin, on peut ajouter que lorsqu’une personne se suicide dans une famille ; il est important que les autres membres de la famille reçoivent un soutien afin d’exonérer chacun de toute culpabilité. Le conjoint, les enfants, les parents, chacun pour des raisons différentes arrivent à trouver une raison justifiant sa responsabilité. Cette culpabilité qui couve peut-être à l’origine d’une tentative de suicide par un autre membre de la famille. Ce sentiment existe, que la personne est laissée une lettre ou non. Mais il est vrai que lorsqu’aucune raison n’est donnée à la famille, ceux-ci ressentent un vide, une injustice, une incompréhension. La mort d’un parent laisse les enfants dans le désespoir le plus complet. Celle d’un enfant, rongera les parents jusqu’à la fin de leur vie. Qui a en effet la force d’enterrer et de couvrir la chair de sa chair de fleurs de deuil ? Ils cherchent à comprendre et ressassent tout conflit qu’ils auraient eu avec la victime. Ce sentiment les plonge à leur tour dans la fameuse trajectoire qui conduit au geste fatal.

Le suicide n’est que la résultante d’un cheminement motivé par le désespoir. C’est l’issu final d’une trajectoire mélancolique et douloureuse. Il existe dans chaque enfant la peur de devenir un adulte. Certains ne trouveront jamais le courage de le devenir et préféreront choisir la voie de l’abandon. La conscience de devenir une grande personne n’apparaît pas comme une agréable réalité mais plutôt comme sombre vérité. Les responsabilités liées au monde des adultes sont trop lourdes à prendre en charge. Ses jeunes gens se retrouvent seuls face à leurs peurs. D’autres ne trouvent à leur vie aucune satisfaction et n’imaginent pas d’avenir construit pour eux. Enfin, certains adolescents se sentent agressés par l’injustice et désarmés, sans moyen de défense. Dans tous les cas, ces adolescents ont décidé de ne plus lutter et d’en finir avec la vie.

Il est donc primordial de les comprendre et de ne pas les rejeter. Ne pas voir en son enfant dépressif comme une simple victime de la fameuse crise d’adolescence qui finira par passer. Il est essentiel d’apprendre à les comprendre et à les soutenir. Chaque fois que l’on tend la main à un jeune dépressif c’est un peu de sa propre vie que l’on sauve. Car expliquer à un enfant comment apprivoiser sa peur, c’est un peu de sa propre peur que l’on arrive à apprivoiser. L’adolescent est exactement celui que l’on a été, il n’est pas loin le temps ou l’adulte connaissait les mêmes problèmes et succombait au même crise d’angoisse. Une bonne rétrospective dans sa propre adolescence permet de comprendre ce qui ronge un enfant et permet de mieux l’aider.

Aujourd’hui, il est nécessaire de voir leur geste comme une remise en cause de notre société tout entière. Lorsque le suicide prend une place si importante dans le taux de mortalité chez les adolescents dans un pays, c’est quelque part un échec des pouvoirs publics, en particulier, et des adultes, en général. Une meilleure information doit permettre de faire comprendre à nos jeunes que la mort n’est pas une solution.

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